Le yen japonais s'est apprécié mardi sur les marchés asiatiques face à un panier de devises majeures et mineures, atteignant son plus haut niveau en une semaine face au dollar américain. Cette hausse fait suite à la publication des conclusions de la réunion de politique monétaire de la Banque du Japon (BoJ), plus restrictives que prévu par les marchés.
La banque centrale japonaise a maintenu ses taux d'intérêt inchangés pour la troisième réunion consécutive. Elle a toutefois mis en garde contre une escalade des pressions inflationnistes en raison des répercussions de la guerre en Iran et du prix élevé de l'énergie.
Le vote visant à maintenir les taux inchangés a été adopté par six voix contre trois, trois membres ayant plaidé pour une hausse de 25 points de base, portant le taux à environ 1 %. Cette division a renforcé les anticipations d'une normalisation de la politique monétaire lors de la prochaine réunion de juin.
Aperçu des prix
- Taux de change du yen japonais aujourd'hui : Le dollar a chuté face au yen d'environ 0,3 % à (158,98 ¥), un plus bas d'une semaine, à partir d'un prix d'ouverture de (159,41 ¥), après avoir enregistré un plus haut de (159,57 ¥).
- Le yen a clôturé la séance de lundi en baisse de 0,1 % face au dollar, enregistrant ainsi sa cinquième perte en six jours, les difficultés rencontrées dans les négociations de paix entre les États-Unis et l'Iran pesant sur le moral des investisseurs.
Banque du Japon
Conformément aux attentes de la plupart des marchés mondiaux, la Banque du Japon a maintenu mardi son taux directeur inchangé à 0,75 %, son niveau le plus élevé depuis 1995, pour la troisième réunion consécutive.
La décision a été prise par un vote de 6 contre 3. Les membres Nakagawa, Takata et Tamura ont proposé de relever le taux d'intérêt cible à court terme de 0,75 % à 1,0 %, reflétant ainsi l'inquiétude de la banque face aux pressions inflationnistes découlant du conflit au Moyen-Orient.
La banque a averti que la croissance économique du Japon devrait ralentir, la hausse des prix du pétrole brut, conséquence de la crise au Moyen-Orient, étant susceptible de peser sur les bénéfices des entreprises et le pouvoir d'achat des ménages. Elle a également souligné que les salaires et les prix pourraient subir des pressions à la hausse en raison des répercussions de la guerre en Iran.
La Banque du Japon a abaissé ses prévisions de croissance pour l'exercice 2026 à 0,5 % contre 1 % précédemment et a fortement relevé ses prévisions d'inflation sous-jacente à 2,8 % contre 1,9 % précédemment.
Taux d'intérêt japonais
- À la suite de la réunion, la probabilité, selon le marché, d'une hausse des taux de 25 points de base par la Banque du Japon lors de la réunion de juin est passée de 45 % à 75 %.
— Afin d’affiner ces probabilités, les investisseurs attendent davantage de données sur l’inflation, le chômage et les niveaux de salaires au Japon.
Kazuo Ueda
Le gouverneur de la Banque du Japon, Kazuo Ueda, doit s'exprimer prochainement au sujet des conclusions de la réunion de politique monétaire. Ses commentaires devraient apporter des éclaircissements sur la poursuite de la normalisation de la politique monétaire et sur la possibilité de hausses de taux tout au long de l'année.
Le dollar canadien s'est apprécié face au dollar américain lundi, et le rendement des obligations d'État de référence a également progressé.
Le dollar canadien, surnommé le « huard », s'est apprécié de 0,5 % à 1,3603 CAD pour un dollar américain, soit l'équivalent de 73,51 cents américains, après avoir fluctué au cours de la séance entre 1,3598 et 1,3682.
Le rendement des obligations d'État canadiennes à 10 ans a augmenté de 3 points de base pour atteindre 3,493 %. À titre de comparaison, le rendement de l'obligation de référence américaine similaire a grimpé à 4,3236 %.
Sur les marchés de l'énergie, le prix du pétrole brut West Texas Intermediate américain pour livraison en juin a augmenté de 1,94 dollar pour atteindre 96,34 dollars le baril lundi.
Depuis le début de la guerre dite « Epic Fury », menée par les États-Unis contre l'Iran, il a été affirmé qu'une issue claire au conflit n'était pas envisagée, empêchant ainsi le président américain Donald Trump d'atteindre les objectifs qu'il s'était fixés dès le début de la confrontation. Ces objectifs comprenaient un changement de régime à Téhéran, l'élimination définitive de la menace nucléaire iranienne, la destruction de ses capacités de missiles balistiques et la fin de son soutien aux groupes armés interposés dans la région.
Nombreux étaient ceux qui estimaient que Washington avait lamentablement échoué à anticiper la décision de l'Iran de fermer le détroit d'Ormuz, artère vitale du commerce mondial du pétrole, alors même que Téhéran laissait entendre cette possibilité depuis des années. Selon cette analyse, cette situation a placé les États-Unis sur la défensive, les contraignant à imposer un blocus des ports iraniens, ce qui équivalait de facto à un siège naval de toute la région du Golfe, comportant de nombreux risques militaires et économiques.
Cependant, contrairement à cette perception, le passage d'une guerre militaire directe à ce que l'on peut décrire comme une « guerre de pression économique » — par le biais de sanctions et de blocus — a peut-être placé Washington dans la position géopolitique qu'il recherchait depuis le début, que ce soit de manière préméditée ou à la suite d'événements imprévus.
Dans la vision de Trump du nouvel ordre mondial, censé être divisé en trois grandes sphères d'influence, les États-Unis demeurent la puissance dominante, conformément à la Stratégie de sécurité nationale 2025. Si Washington concentre son influence directe dans l'hémisphère occidental, il conserve la capacité de rééquilibrer d'autres régions afin de protéger ses intérêts.
Dans ce cadre, l'un de ces cercles est censé se former soit sous l'égide des puissances européennes traditionnelles – telles que la Grande-Bretagne, la France et l'Allemagne – soit sous celle de la Russie si celle-ci venait à s'imposer comme puissance dominante sur le continent. Dans les deux cas, les États-Unis conservent un rôle de premier plan grâce aux alliances existantes ou à de nouveaux accords.
Le plus grand défi, cependant, réside dans le troisième cercle : la Chine. L’inquiétude américaine s’est accrue depuis 2022, date à laquelle la guerre russe en Ukraine a été perçue comme un modèle que Pékin pourrait tenter de reproduire à Taïwan, notamment au vu des déclarations du président chinois Xi Jinping concernant l’état de préparation militaire d’ici 2027.
Les États-Unis ont plus de difficultés à contenir la Chine que l'Europe ou la Russie, car ils ne disposent pas du même levier politique et économique sur elle, et Pékin cherche depuis des années à surpasser Washington en tant que première puissance économique mondiale.
Pourtant, la Chine souffre d'une faiblesse structurelle majeure : sa forte dépendance aux importations d'énergie. Le Moyen-Orient apparaît alors comme une source primordiale de pétrole et de gaz, incitant Pékin à étendre son influence dans la région grâce à son initiative des Nouvelles Routes de la Soie, lancée antérieurement et fondée sur la conclusion d'accords à long terme avec les pays de la région en échange d'investissements massifs.
La Chine a particulièrement renforcé son influence en Iran et en Irak, où elle contrôle une part importante du secteur énergétique. De plus, l'influence régionale de Téhéran, qui s'étend sur tout le « Croissant chiite », a conféré à Pékin un avantage supplémentaire pour étendre son impact.
L'importance stratégique réside ici dans le fait que le contrôle de corridors énergétiques vitaux, tels que le détroit d'Ormuz et le détroit de Bab el-Mandeb, confère un immense pouvoir géopolitique. De ce point de vue, Washington estime qu'il est impératif d'empêcher l'Iran – et la Chine qui le soutient – de contrôler ces voies de communication vitales.
Par conséquent, l’objectif américain plus large pourrait être de garantir que le contrôle de ces corridors reste hors de portée de l’influence chinoise, que ce soit par une présence militaire directe ou par de futurs accords politiques avec l’Iran.
Cette stratégie ne se limite pas au Moyen-Orient ; d'autres initiatives américaines témoignent d'une tendance plus large visant à sécuriser des passages stratégiques dans le monde entier, tels que le corridor GIUK (Groenland-Islande-Royaume-Uni), le canal de Panama, et à renforcer l'influence dans le détroit de Malacca et la mer de Chine méridionale grâce à des partenariats de défense.
Dans ce contexte, les analystes estiment que l'objectif principal n'est plus de faire baisser les prix du pétrole, mais plutôt de garantir le contrôle géopolitique des voies navigables vitales, même si cela doit entraîner le maintien de prix de l'énergie élevés pendant une longue période.
Certains experts concluent qu'une réduction significative des prix du pétrole ne pourrait être obtenue qu'en cas de changement radical en Iran qui accorderait aux États-Unis un contrôle direct ou indirect sur le détroit d'Ormuz – un scénario qui reste lointain à l'heure actuelle.
Les principaux indices de Wall Street ont ouvert en légère baisse lundi, l'incertitude persistant quant à l'issue des pourparlers de paix entre les États-Unis et l'Iran. Les investisseurs anticipent également la publication de nombreux résultats d'entreprises et la réunion de politique monétaire de la Réserve fédérale prévue en fin de semaine.
L'indice Dow Jones a ouvert en baisse de 118,5 points, soit 0,24 %, pour clôturer à 49 112,2 points, tandis que le S&P 500 a reculé de 12,4 points, soit 0,17 %, à 7 152,72 points. Le Nasdaq Composite a également baissé de 0,15 %, soit 37 points, pour terminer à 24 799,637 points.
Cette performance intervient alors que les investisseurs mettent en balance l'impact des tensions géopolitiques au Moyen-Orient et les attentes d'une saison des résultats solide, en se concentrant notamment sur les signaux de politique monétaire de la Réserve fédérale américaine.
Du côté des entreprises, les investisseurs attendent les résultats de cinq des sept sociétés les plus performantes, ce qui donne encore plus d'importance à une semaine où le marché a déjà intégré une forte croissance.
Par ailleurs, tous les regards sont tournés vers la décision de la Réserve fédérale concernant les taux d'intérêt, prévue mercredi, qui pourrait marquer la dernière réunion du président Jerome Powell avant que Kevin Warsh n'assume ce poste en mai.